Son

Extrait de : Mobiliser le corps audio pour créer du sens.

Raconter une histoire vraie, prenante, interpellante, à la radio ou dans un balado, dont l’auditoire émerge transformé, touché, instruit, exige de creuser plusieurs sillons sonores à la fois.

Comment s’y prendre?

Pratiquer l’immersion sonore. Être à l’écoute du monde sonore, des signaux culturels, sociaux et environnementaux.

Laisser le son envahir le corps, s’emparer du corps, l’habiter, l’astreindre à résonner.
Que le son s’immisce dans la tête, interpelle les os et les nerfs.
Que le corps devienne un site, sur lequel s’inscrivent les informations sonores.

Utiliser son corps en étant attentif aux informations dans le fond sonore, son intensité et son rythme, dans le « grain » des voix, leur intonation, leur modulation, leur inflexion.

Être alerte aux silences, soupirs, apnées, aux mots, phrases, à la façon dont ils sont énoncés, à leur signification, à la sincérité ou à l’absence de sincérité de même qu’à ce que les voix dévoilent des motivations des personnes.

Puis, orchestrer les textes et textures, les dit et non-dit. Pour rendre le réel plus vrai que vrai. Plus éclatant que la réalité brute.

Autrement dit : mobiliser son corps audio.

Un corps audio capteur, en mode d’attention somatique.
Un corps audio transducteur, agissant à la fois comme un filtre, un convertisseur et un mixeur de stimuli sonores hétérogènes.

Le corps audio transducteur crée de nouvelles réverbérations, de nouveaux échos sonores, il transforme la substance des éléments qu’il traite. Il crée du sens.

Le montage sonore mobilisera ensuite le corps de l’auditeur. Son corps pourra être immergé, plongé en profondeur dans le son.

L’écriture sonore est un processus démarrant avec une quête d’informations immatérielles et un dialogue avec le son sous toutes ses formes, même inaudibles.
Elle se poursuit avec une collecte mobilisant le corps audio capteur et transducteur, y compris l’affect de l’auteure sonore.
Elle culmine en une composition resignifiant le réel qui instruira sonorement le corps de la personne qui écoute, jusque dans son affect.

L’écriture sonore crée du commun en amenant les corps à vibrer en harmonie.

Chaque corps instruit de l’auditoire résonne et raisonne différemment.

Les façons de créer du sens se renouvellent, se transforment.

Extrait de : Occuper et préoccuper l’oreille citoyenne.

L’immersion sonore dans la salle de rédaction se ressent ainsi : une masse d’informations désordonnées frappe le corps audio capteur.

Les sons ambiants se superposent, sans cohérence ni hiérarchie : les bips des cellulaires, les collègues qui échangent entre eux, les touches de clavier qui raisonnent auxquelles s’ajoutent les pages de cahiers déchirées, l’imprimante en marche, le bourdonnement des serveurs et le sifflement de la ventilation.

À ces sons ambiants s’ajoutent les manifestations sonores du reporter.

Sa voix, ses tons, ses rythmes, ses débits, sa fluidité – par exemple le ton du reporter montrant de l’impatience, ou sa respiration s’accélérant, ou ses explications devenant hachurées parce qu’il a trop de tâches à réaliser en même temps.

La mise en forme sonore superpose ensuite des strates d’information : extrait de la nouvelle du jour – explication ou réflexion du reporter à voix haute – suite de la nouvelle du jour – réaction du reporter, etc.

Les changements de ton et de registre (voix autoritaire du reporter quand il livre la nouvelle du jour, puis, chuchotement d’une confidence à propos d’une source) donnent des strates supplémentaires d’information à l’auditoire : le reporter n’est pas neutre ni indifférent face à la nouvelle du jour, il doute, se questionne, commente.