L’audionaturaliste Marc Namblard capte le pouls sonore de la nature. Il accorde son tempo de quête audio au rythme des pulsations de la nature, ajuste son allure aux temps de la campagne.
Marc Namblard utilise le mot « palpitation » pour décrire l’essence du son de la nature. Il décrit ses captations sonores comme des oscillations entre les moments d’explosions sonores et les moments où ça se calme. Puis, de nouveau des explosions, puis de nouveau le calme.
Donc c’est vraiment une palpitation, oui. C’est des questions de rythmes, de cycles.
Il célèbre la pluralité infinie des sons du cosmos.
Quelque chose palpite, se répète, mais ce n’est pas la même chose d’une fois à l’autre. Et entre les battements, il y a des silences. Silences habités par des micro événements. Silences qui évoluent en permanence.
Pour faire honneur au son de la nature, dit-il, il faut lui accorder son temps. Plutôt que d’imposer une temporalité humaine. D’où la nécessité d’utiliser ce qu’il appelle un piège à sons : un dispositif d’enregistrement autonome, muni de piles externes avec 48 heures d’autonomie. Le piège à sons permet à Marc Namblard de saisir des sons impossibles à capter autrement.
Il peut installer le dispositif sur un terrain où il a repéré des indices de présence animale. Ou bien dans des zones calmes, sans bruit entropique. Il peut aussi déposer le piège en lisière de forêt. Ou dans zones où il y a un étagement de la végétation -il captera alors différents sons, sons d’oiseaux très bas, plus haut perchés, plus lointains, etc.
Le temps du captage sonore de la nature et le temps de la composition sont pour lui des temps différents.
Quand je suis sur le terrain pour enregistrer des sons, jamais je ne pense à ce qu’ils vont devenir. Je suis entièrement tourné vers ce qui se passe au moment où ça se passe, vers le geste de l’enregistrement.
L’écoute des sons captés sera différente selon les projets. Est-ce une composition naturaliste ou de la musique?
Je vais aller piocher dans mes banques de sons et je vais écouter les sons que je vais sélectionner de manières différentes, parce que la perspective sera distincte. C’est très dissemblable lorsque je m’engage dans un projet qui a une coloration naturaliste prononcée, ou lorsque je travaille sur des projets avec des musiciens en musique concrète où là tout est permis.
En musique, le contexte de l’enregistrement n’a plus tellement d’importance, ce qui est important sont les sons en eux-mêmes, les textures. Donc du coup, ça devient complètement autre chose, ça nous amène complètement ailleurs et ce n’est plus la même écoute.
Pour une composition naturaliste, Marc Namblard a besoin d’avoir un graphique, quelque chose d’écrit.
Oui des trames de composition, qui me donnent une architecture générale. Des mots clés, des couleurs aussi, des couleurs de son, des silences. Je note sur papier et c’est ma base. Après je travaille sur l’ordinateur avec ces bouts de papiers comme ça qui sont affichés devant moi.
Des thèmes apparaitront. Il travaille avec la densité, des traits clairs ou foncés, des transparences.
Marc Namblard côtoie des scientifiques qui, souvent, travaillent sur les mêmes sujets que lui. Il fournit des enregistrements pour nourrir des algorithmes de reconnaissance de sons d’animaux par exemple. Mais il insiste, son approche est esthétique. Il aime avoir les coudées franches pour faire ses propres observations et interprétations.
Pour moi c’est évident, cette approche esthétique est très libre, voire même libertaire par rapport aux sujets d’écoute et de travail. Alors que les scientifiques eux, suivent des protocoles et tout ce qui est produit en dehors des protocoles est difficile à exploiter dans leurs recherches.
Moi quand je sors le matin avec mes micros, je ne sais pas ce que je vais enregistrer et je vais accueillir ce qui va se produire… je vais changer de sujet peut-être une dizaine de fois dans la journée.
Pour s’y retrouver, Marc Namblard enregistre ses commentaires en direct. Puis, pour garder le fil de ses enregistrements, il inscrit date, jour, heure, infos géographiques, ambiance large ou focus, événements saillants -une espère rare par exemple- sur ses fichiers audio. C’est sa façon d’organiser les palpitations de la nature.