Corps

Extrait de : Mobiliser le corps audio pour créer du sens.

Pratiquer l’immersion sonore. Être à l’écoute du monde sonore, des signaux culturels, sociaux et environnementaux.

Laisser le son envahir le corps, s’emparer du corps, l’habiter, l’astreindre à résonner.
Que le son s’immisce dans la tête, interpelle les os et les nerfs.
Que le corps devienne un site, sur lequel s’inscrivent les informations sonores.

Utiliser son corps en étant attentif aux informations dans le fond sonore, son intensité et son rythme, dans le « grain » des voix, leur intonation, leur modulation, leur inflexion.

Être alerte aux silences, soupirs, apnées, aux mots, phrases, à la façon dont ils sont énoncés, à leur signification, à la sincérité ou à l’absence de sincérité de même qu’à ce que les voix dévoilent des motivations des personnes.

Autrement dit : mobiliser son corps audio.

Un corps audio capteur, en mode d’attention somatique.
Un corps audio transducteur, agissant à la fois comme un filtre, un convertisseur et un mixeur de stimuli sonores hétérogènes.

Le corps audio transducteur crée de nouvelles réverbérations, de nouveaux échos sonores, il transforme la substance des éléments qu’il traite. Il crée du sens.

Le montage sonore mobilisera ensuite le corps de l’auditeur. Son corps pourra être immergé, plongé en profondeur dans le son.

L’écriture sonore est un processus démarrant avec une quête d’informations immatérielles et un dialogue avec le son sous toutes ses formes, même inaudibles.
Elle se poursuit avec une collecte mobilisant le corps audio capteur et transducteur, y compris l’affect de l’auteure sonore.
Elle culmine en une composition resignifiant le réel qui instruira sonorement le corps de la personne qui écoute, jusque dans son affect.

L’écriture sonore crée du commun en amenant les corps à vibrer en harmonie.

Chaque corps instruit de l’auditoire résonne et raisonne différemment.

Les façons de créer du sens se renouvellent, se transforment.

Extrait de : La journaliste Linda Kay et la résonance des citations.

Pour réaliser un reportage, sortir.

Où aller, quel terrain arpenter? Celui de la source, du sujet, de l’histoire. Chercher l’action -une athlète s’entraîne, une designer prépare un show.

Puis, avoir les sens en alerte.

Develop your observational skills by being alert to sensory clues, by taking the time to really look and listen, by seeing and hearing with fresh eyes and ears, by noticing details you have not noticed in the past.

Extrait de : Éclat de fleuve 6

Nager dans le fucus. Comme nager dans la forêt.

À marée haute, les grappes du fucus flottent, montant vers la lumière.

Une baignade hardie mène dans les bouquets. Avec l’impression de nager dans une forêt.

Le mouvement de crawl ralentit. Les membres s’empêtrent. Les bras et les jambes se fondent aux branches et ramifications.

Extrait de : Cixous pour raviver son écriture.

Aborder les sujets en évitant le convenu. Sortir des sentiers battus. Lire Hélène Cixous pour s’extraire des habitudes ou des conventions d’écriture.

Se réfugier dans un espace primitif. Mobiliser ce lieu en soi.

I entrust myself to the primitive space.

Quand le cœur bat plus vite, le filon est bon. La joie est bon signe.

There comes the time of imminence. A desire to write rises in my body and comes to occupy my heart. Everything beats faster. The entire body readies itself.
…the proof of creation is laughter.

Donner une forme. Utiliser les outils : les mots. Les bien choisir pour qu’ils servent le propos, qu’ils reflètent les vibrations de l’âme.

It is a marvel to feel the innumerable vibrations of the soul make themselves, collect themselves, crystallize themselves into word.

Extrait de : Éclat de fleuve 4

L’absence de bruit envahit le corps. Une marée d’apaisements. Les micro émanations sonores inondent la conscience.

  • Les bulles dans les algues.
  • Les feuilles sensibles à la brise.
  • La furtivité des petits pas.
  • Une aile qui bat.
  • Un urubu qui glisse.
  • Un grand héron qui voyage.
  • Extrait de : Corps à corps avec le fleuve.

    Le fleuve est vu ici comme un corps, tout comme l’humain s’incarne dans un corps. Il y a une interconnexion des fluides et des substances entre les corps, une « transcorporalité » humain-fleuve. Ces corps intensifient leur présence, leur capacité d’agir, quand ils s’associent.

    Extrait de : Le corps du journaliste est un outil.

    Le corps du journaliste peut être mobilisé dès le choix du sujet du reportage et jusqu’à la mise en forme finale. Le corps est un outil capteur, transducteur et dépositaire d’information, au service de la démarche journalistique.

    Quand les journalistes reconnaissent leur corps comme un outil capteur, un médium pour percevoir, interpréter et ressentir le monde, ils s’ouvrent à de possibles « épiphanies sensibles ».

    Leur corps en mode d’attention somatique devient un site sur lequel s’inscrivent les enjeux sociaux.

    La « transduction » journalistique pourrait quant à elle être décrite ainsi : ensemble d’activités comprises entre le captage et l’analyse de signaux internes et externes du corps jusqu’à la mise en forme finale du reportage, ayant pour but de s’ouvrir aux autres, d’absorber leur réalité et de la décrire; ayant aussi pour but de questionner les méthodes et l’épistémologie journalistiques.

    Plusieurs canaux d’analyse sont ouverts à la fois, reflétant la « grammaire multimodale » et la « corporalité méthodologique » à l’œuvre.

    Le corps des journalistes est enfin « dépositaire » des collectes et transductions réalisées au fil des reportages. Les voix que les journalistes transmettent dans l’espace public sont passées par le sas journalistique corporel, elles y ont laissées des traces. Les journalistes attentifs à leur corps sont en quelque sorte tatoués. Ce corps marqué, enrichi, dépositaire, pourra servir à nouveau, de façon plus alerte et plus aiguisée, branché sur l’épistémologie de la société.

    Le corps expressif et sensoriel du journaliste interagira différemment et organisera différemment les informations lorsqu’il accomplira sa tâche de « décrire la trame des expériences collectives ».