Journalisme

Extrait de : Journalistes et relationnistes. Une relation obligée où les journalistes s’aménagent des espaces d’autonomie.

Les relationnistes font partie des conditions de production des journalistes. Les relationnistes font aussi partie des contraintes de production.

Dans leur rapport obligé avec les relationnistes, les journalistes disent conserver une marge de manœuvre. La description de leur possibilité d’action peut se décliner en cinq espaces d’autonomie, où le relationniste joue différents rôles :

  • Le collègue obligé
  • L’émissaire
  • La proie
  • L’antagoniste
  • La cible
  • Les différents rôles attribués aux relationnistes varient selon l’angle, l’expérience ou l’anecdote mobilisés par le journaliste. Un même relationniste peut être un collègue obligé, puis, une proie ou une cible, selon les échanges du moment.

    Les cinq espaces d’autonomie montrent que les liens relationnistes-journalistes sont imprégnées de contradictions, d’ambivalences et de doutes.

Extrait de : Les pratiques et les discours des relationnistes média.

L’analyse des discours de responsables des relations médias au Québec montre qu’ils doivent concilier leurs principes de transparence, rigueur, diligence et équité avec des limites organisationnelles.

Les relationnistes média veulent fournir rapidement de l’information vraie aux journalistes mais ils doivent jongler avec des contraintes de temps et d’accès, auxquelles s’ajoute l’impératif de servir les intérêts de leur client.

Cela mène à une interprétation et une mise en œuvre restreinte de leurs principes : ils se retrouvent parfois dans les marges de la transparence, rigueur, diligence et équité. Les règles de conduite des relationnistes peuvent alors devenir des valeurs de façade et des plaidoyers pro-relations publiques.

L’enquête a été menée auprès de 30 relationnistes québécois. Ils ont décrit leurs façons de jouer leur rôle, comment ils conçoivent ce rôle et quels principes guident leur travail. Puis, en tentant de voir ce qui peut susciter l’antagonisme des journalistes, émerge ceci : ce sont les modalités de mise en œuvre des principes des relationnistes, les définitions de ces principes et la primauté accordée aux intérêts du client qui sont en cause.

En second lieu, c’est l’aspect promotionnel qui dérange : quand les relationnistes promeuvent des principes dans le but de promouvoir leurs propres intérêts.

Extrait de : Revisiter les formats journalistiques.

Les nouvelles audio—ou radio—ont presque toujours la même forme, le même ton, la même façon de décrire les acteurs sociaux, le même élan dans la présentation et dans la cristallisation d’opinions.

En général, les nouvelles audio prennent la forme suivante : Narration du journaliste; citation; narration du journaliste; citation; conclusion du journaliste.

Ces formats ont leur raison d’être : le but d’un reportage est d’être entendu, compris et cru. L’ordre et la synchronisation des mots et des phrases, le ton et les sons sont cruciaux. Une journaliste aura bien fait son travail si, par exemple, les auditeurs ont compris que le thème d’une nouvelle est l’économie, le sous-thème est le chômage et que la « nouvelle » dans la nouvelle est une bonne nouvelle.

Autrement dit, faire comprendre aux auditeurs qu’il y a une bonne nouvelle dans le secteur du chômage est une performance honorable pour un journaliste audio. Voilà pourquoi les nouvelles audio doivent se conformer à des patrons ou à des formats précis.

Les patrons audio constituent toutefois une prison parce qu’ils limitent le champ de ce qui peut être dit et dévoilé.

En renouvelant les formats journalistiques, le status quo imposé par les patrons convenus est brisé.

Par exemple ici, une des particularités de l’œuvre est que les conditions de production des journalistes sont révélées sans être décrites de façon formelle avec une voix narrative autoritaire. Les conditions de production sont imbriquées, tissées, dans la nouvelle.

Extrait de : Les répertoires des journalistes décrivant leurs liens avec les relationnistes.

Les journalistes puisent dans plusieurs expériences et plusieurs identités à la fois pour décrire leurs échanges avec les relationnistes.

Cela les mène à exploiter différents répertoires interprétatifs pour décrire leurs liens avec les relations publiques. Ces différents répertoires peuvent être mobilisés dans une seule et même phrase, montrant la complexité des liens.

Les répertoires :

  • Le discours institutionnel du journalisme.
  • Le discours institutionnel des relationnistes.
  • Le répertoire invoquant la déontologie journalistique.
  • Le répertoire réaliste.
  • Ce répertoire réaliste peut être subdivisé :

  • Le répertoire de la « game »
  • Le répertoire « cul de sac »
  • Le répertoire « stratégique »
  • Les journalistes acceptent la relation obligée avec les relationnistes. Comme leur discours le démontre, ils puisent dans plusieurs répertoires interprétatifs pour expliquer, codifier cette relation.

    Extrait de : Échos des discours journalistiques sur la convergence

    Collection de voix et de sons émergeant d’une salle de rédaction.

    Comment faire face à la convergence?

    Inquiétudes des journalistes craignant la dilution des cultures audio et vidéo.
    Questionnement des formats journalistiques audio traditionnels.

    Extrait de : Le contenu venant des relations publiques dans les nouvelles.

    En 28 ans, la présence de contenu venant des relations publiques dans les nouvelles a augmenté de 40 à 60 % dans les principaux quotidiens québécois.

    Des réactions de journalistes

    « Les résultats ne me surprennent pas. Et les breaking news, c’est probablement plus élevé. Le premier spin, c’est les relations publiques. Le problème, c’est que ton article plus fouillé, qui pourrait contredire le spin, va rouler moins et plus tard. »

    « Les institutions envoient un communiqué laconique en fin de journée, puis elles ne sont plus là pour répondre. Tout ce qu’on a, c’est un communiqué de presse. Elles le savent. Même si ça ne me satisfait pas, je vais publier quand même. »

    « Des bons PR, qui sont efficaces, c’est quasiment mes adjoints. »

    « C’est à toi, le journaliste, de te débrouiller avec ça. C’est très utile dans le métier, les relationnistes. Je n’ai pas d’a priori à l’égard des relationnistes. »

    Extrait de : Journalistes multiplateformes. Les maîtres du travail fragmenté.

    Le travail multiplateforme est marqué par de multiples fragmentations. Pour faire face à ces conditions de production fragmentées, produire des reportages clairs et cohérents, les formats journalistiques fournissent des repères guidant la production quotidienne. L’autonomie journalistique peut ensuite être déployée, de façon ciblée, pour investir au mieux ces formats journalistiques.

    Extrait de : Le corps du journaliste est un outil.

    Des journalistes pratiquant l’immersion pour produire de longs reportages utilisent l’expression « journalisme ethnographique ».

    Les exemples de ces journalistes ethnographes abondent.

    De Nelly Blye séjournant dans un hopital psychiatrique en 1887, en passant par Gunther Wallraf prétendant être un immigrant turque dans une manufacture allemande, jusqu’à Barbara Ehreinreich s’immergeant dans la pauvreté pour écrire son ouvrage Nickel and Dimed : On (Not) Getting By in America, ou encore Florence Aubenas et son livre Le Quai d’Ouistreham, produit à la suite d’un séjour de six mois en Normandie où elle s’est présentée comme une femme de ménage.

    À plus petite échelle, des journalistes d’affaires publiques abordent leur sujet en mettant en œuvre des approches similaires.

    Comme l’affirme Gans, « [I]n some respects, sociology’s most powerful competition comes from journalistic ethnographers, notably book writers, who may not have ever taken a sociology course but are trained or self-trained in fieldwork and intensive interviewing ».